22/07/2014

Un partage unique avec un petit bonhomme!!

Pour ma part, j’ai vécu de manière personnelle un moment incroyable de partage. Si j’ai été touché par l’ensemble de la population, j’ai été marqué plus particulièrement par un groupe d’enfants et notamment R-Jay qui m’a complètement bouleversé. Si son histoire de vie est marquée au même titre que les autres par d’affreuses réalités (Son cousin et meilleur ami est décédé durant le typhon et son père se noie dans l’alcool trop souvent) notre relation a été forte, très forte. Je suis tout à fait incapable de l’expliquer, mais ce bonhomme m’a apporté avec sa petite taille et son jeune âge une dose d’amour d’une incroyable intensité. Il a rapporté à Sœur Sophie que sa vie après le typhon était un cauchemar et il ne cessait de penser à son cousin toutes les nuits comme s’ils lui reprochaient d’être encore en vie. Après notre premier passage, il a affirmé que ses cauchemars avaient disparu et que c’était moi qu’il voyait dorénavant dans ses rêves. Le matin de notre départ, à 4 h du matin, j’ai découvert au pied de notre maison, 4 enfants qui nous attendaient pour être sur qu’ils ne nous ratent pas avant notre départ, ils n’avaient pas dormis et sont restés la toute la nuit en sanglotant. Je ne sais pas vraiment comment prendre ce type de révélation et ces comportements, mais ce qui est sur, c’est que ces enfants m’ont donné une force incroyable de continuer cette vie de missionnaire, mais aussi de garder autant que je peux le contact avec R-Jay et les autres afin qu’un jour je puisse avoir la chance de les rencontrer à nouveau. R-Jay a demandé également à sa maman de l’aide afin qu’il puisse apprendre l’anglais rapidement pour continuer à communiquer dans les années à venir avant nos prochaines retrouvailles.

C'est lui à droite!DSC05384.JPGIMG_8711.JPG

La suite du typhon à Santa Cruz

Début décembre, ACAY a découvert Santa Cruz et les survivants du typhon Yolanda. Les sessions et la rencontre à été d’une rare intensité, et nous avions pu entendre la douleur de perdre des proches dans des conditions dramatiques et perdre également tout ce qui leur permettait de vivre. Cette première étape à été le point d’ancrage de leur convalescence et de notre aventure commune.

Durant les deux mois qui ont suivi, une équipe restreinte d’ACAY est retournée deux fois sur place pour mesurer la situation sociale et professionnelle de la population pour envisager avec minutie la stratégie d’accompagnement qu’ACAY allait pouvoir apporter à Santa Cruz.

Fin mars, 10 cochons, XX pedicab (vélo utile pour le transport de passagers) et un van ont été offert à la communauté.

Au mois d’Avril, 5 garçons et 3 filles de Santa Cruz ont participé aux formations changement de cap du programme seconde chance et de l’école de vie. Un retour qui fut détonnant au sein de leur communauté, car d’après les témoignages et nos observations, ces jeunes sont revenus avec la ferme intention de changer leur mode de vie, mais également apporter à leur communauté ce nouveau souffle de vie qu’ils ont découvert en eux durant ces deux semaines de formations au sein d’ACAY.

Au mois de mai, 25 membres d’ACAY sont venus encadrer un séminaire d’une semaine à destination de l’ensemble de la population de Santa Cruz. Si nos premières rencontres furent d’une rare intensité, que dire de ce qu’il s’est passé lors de ces 6 journées ? Formations humaines et professionnelles, écoute, activités sportives, ludiques et spirituelles ont rythmé ces temps de partage. Ce séminaire avait pour objectif de revisiter à froid cet horrible évènement afin de poursuivre la cicatrisation de ce traumatisme et de proposer des solutions en cas de nouvelles menaces. Cette semaine a été marquée par un tournoi de foot sur la plage pour les enfants de 10 à 12 ans ou l’ensemble de la population était présent pour supporter leurs enfants et leurs amis. Enfin, la célébration du Shabbat, des Vêpres et une cérémonie ont ponctué ce séminaire ou chaque jeune participant a pu recevoir de la part d’ACAY un sac et des fournitures scolaires pour démarrer la nouvelle année et les parents ont pour leur part reçu des denrées alimentaires. Je crois qu’à ce moment précis, la population locale ne comparait plus ACAY aux dizaines d’ONG qui sont venues soutenir leur communauté, mais comme une grande famille qui à réussi à les réconcilier avec leur remord et leur peur.  Aujourd’hui ces gens retrouvent le bonheur de vivre ensemble malgré l’absence d’un quart de la population décimé lors du typhon Yolanda.

Dernièrement, mi-juillet, une visite d’ACAY de 4 jours à permis de faire le point sur les nouvelles perspectives pour cette communauté. Les élèves ont participé à une réunion d’information et de prévention sur l’importance de leur présence régulière à l’école. Nous avons en effet découvert que certains enfants ne se présentaient pas constamment à l’école. Une des raisons qui a été relevé est le lieu qui est celui ou de nombreuses personnes ont péri et qui est à ce jour toujours délabré et restera un lieu de souvenirs traumatisants tant que celui-ci ne sera pas réparé. Par ailleurs, une négligence vient aussi de la part des enfants eux-mêmes, de leur peur de l’avenir et qui ne mesurent plus parfois l’intérêt d’aller à l’école. Notre ONG partenaire, Enfants du Mékong envisage de réparer les locaux, et du côté d’ACAY, une équipe de 6 enfants leader au sein de leur classe d’âge a été sélectionné afin qu’ils suivent un accompagnement scolaire spécifique et deviennent la référence en matière de régularité à l’école et de performance scolaire. Le mot d’ordre est clair à leur intention, ceux-ci doivent devenir exemplaires et proposer leur service aux autres enfants afin qu’une dynamique positive s’instaure. Leurs professeurs de soutien sont des étudiants à l’université et anciens participants aux formations changement de cap, leur gratification financière leur permettra de financer leur frais de scolarité. Si ce concept fonctionne, ACAY ambitionne de développer ce modèle pour permettre à davantage d’étudiants et de jeunes enfants de profiter de ce gagnant gagnant solidaire.

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Le programme Santa Cruz est bel et bien lancé et est devenu un nouveau projet fort d’ACAY Philippines. Le typhon Yolanda est terminé, mais des cœurs et des âmes sont à reconstruire et ACAY souhaite les aider à surmonter de manière durable et globale cet évènement et ainsi reconstruire une communauté d’une des régions les plus pauvres des Philippines sur des bases plus sereine et porté sur l’avenir.

30/04/2014

Retour en France

Après 3 années aux philippines, au sein de l’association ACAY, je me suis résolu à rentrer en France. Je pense que mes différents posts sur ce blog suffisent à exprimer cette joie profonde que j’ai pu avoir avec ces missionnaires hautement qualifiés et déterminés sur la capacité de l’autre à vivre debout. Je pense à Sœur Sophie, ses trois sœurs de mission, et son équipe philippines et internationales qui mènent depuis plus de 17 ans aux Philippines un incroyable combat pour une vie lumineuse dans la pénombre de cœurs meurtris.

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J’y ai découvert que :

-la douleur et la misère humaine sont des combats sans merci contre lesquels les populations touchées peuvent gagner ;

-mes plus grandes émotions viennent des moments les plus durs car ces moments dévoilent souvent une nouvelle espérance ;

-la vie est un formidable chef-d'œuvre inachevé qu’on doit poursuivre et travailler comme un forcené  avec ce que nous sommes simplement.

Bien plus qu’une expérience, je suis rentré à la rencontre de mes maîtres de vie que sont ces populations qui souffrent:

Des jeunes des milieux carcérales de Manille, des jeunes filles victimes d’abus ou d’abandons, des enfants des rues, des familles anéanties de ces mêmes jeunes, des populations autochtones rejetées au sein même de leur propre pays, ou encore des gens ravagés par le typhon Yolanda sont des personnes que j’ai rencontrées lors de mon passage aux philippines grâce à ce formidable esprit de compassion et d’innovation de l’association ACAY .

Je suis époustouflé par ces rencontres et j’aimerais clamer avec force à ceux qui veulent bien l’entendre : Chasser de votre esprit que ces missions humanitaires sont de simples  périodes ou nous nous consacrons uniquement à l’autre en nous oubliant ! Je n’ai pas passé ces trois années dans l’unique don de ma personne, cela est bien trop réducteur d’un engagement humanitaire. J’ai été bouleversé par cette aventure car elle m’a donné bien plus que je ne pouvais rêver. Et je m’estime avoir beaucoup de chance d’avoir expérimenté cette aventure parce que j’ai été en situation de pouvoir donner au sein d’une structure qui répond de manière juste et innovante à des souffrances humaines. Ces moments de partage, m’ont procuré à chaque fois des émotions différentes. Des sourires ou des larmes quand des jeunes se libèrent, s’émancipent, et découvrent dans des moments uniques la grandeur de l’être qu’ils portent. Même si celui-ci est non quantifiable ni qualifiable et ne doit jamais l’être, j’ai le sentiment que le retour sur investissement du « DON » détone tous les pronostics économiques, même les plus optimistes, et nous rapproche incontestablement de notre petite personne dans nos faiblesses et nos forces.

Je ne peux plus et ne veux plus me dire aujourd’hui, « J’ai fait mon expérience humanitaire, je peux maintenant me recentrer sur moi et faire ma vie ». Pour la simple et bonne raison que j’ai touché quelque chose ici que je veux continuer à explorer ! J’ai le sentiment de m’accomplir en me confrontant aux autres dans le partage et la rencontre. J’ai été profondément marqué par cette expérience, et je souhaite aujourd’hui continuer cette démarche et réussir ma transition pour que ces graines qui ont grandi en moi puissent continuer à murir et engendrer de nouvelles éclosions chez moi et chez l’autre lors de mes prochaines destinations.

Si certains se posent la question sur un éventuel engagement court ou long, que cela soit avec EDM, ACAY ou encore en bas de votre rue, je vous invite vraiment à vivre ces expériences sans crainte, mais avec détermination, humilité et toujours avec une soif de rencontre. 

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